En bref. Le bailleur doit remettre une quittance au locataire qui la demande, sans lui facturer de frais. Elle détaille les sommes versées en distinguant le loyer et les charges, et ne peut être envoyée par voie électronique qu’avec l’accord exprès du locataire. Si le paiement n’est que partiel, le bailleur remet un reçu, pas une quittance. L’avis d’échéance, envoyé avant le paiement, n’en tient pas lieu. Une copie se garde au moins trois ans, durée de la prescription des actions nées du bail.
La quittance de loyerQuittance de loyer : définition, effets pratiques et points à vérifier pour le propriétaire bailleur confronté aux impayés et au recouvrement. est le document par lequel le bailleur reconnaît que le locataire a payé le loyer et les charges d’une période. Le locataire s’en sert pour prouver ses paiements, par exemple auprès d’un futur bailleur ou d’un organisme social ; le bailleur, lui, doit savoir quand il est tenu de la délivrer, ce qu’elle doit contenir et ce qu’il remet à la place quand le paiement est incomplet.
L’obligation de délivrer la quittance
Le propriétaire est tenu de délivrer une quittance au locataire qui en fait la demande. Cette obligation est prévue par l’article 21 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. La quittance doit être transmise gratuitement, par le bailleur ou son mandataire. Elle porte le détail des sommes versées, en distinguant le loyer et les charges. Avec l’accord exprès du locataire, elle peut lui être transmise sous forme dématérialisée, par exemple par e-mail.
Aucuns frais liés à la gestion de l’avis d’échéance ou de la quittance ne peuvent être facturés au locataire. Une clause du bail qui lui ferait supporter les frais d’expédition de la quittance est en outre réputée non écrite (article 4, p, de la même loi). Aucun frais de gestion ni d’envoi ne peut donc être ajouté pour ce document.
Les mentions de la quittance
La loi n’impose qu’une mention : le détail des sommes versées par le locataire, en distinguant le loyer et les charges. Une quittance qui ne donne qu’un montant global ne répond pas à cette exigence. En pratique, on y ajoute la période à laquelle le paiement se rapporte, le nom et l’adresse du locataire et ceux du bailleur, l’adresse du logement, comme dans le modèle proposé par Service-Public. Ces indications ne sont pas exigées par le texte, mais elles donnent au document toute sa valeur en cas de litige sur les paiements.
De même, dater et signer la quittance, par le bailleur ou son mandataire, n’est pas imposé par la loi mais relève de l’usage : la signature atteste l’origine du document et la reconnaissance du paiement. Rien n’interdit d’y joindre un récapitulatif des paiements antérieurs, utile au suivi quand le locataire a connu des retards.
Quittance et avis d’échéance
L’avis d’échéance est un document informatif envoyé par le propriétaire avant la date de paiement du loyer. Il indique le montant du loyer et des charges à payer pour la période à venir. Aucun texte n’oblige le bailleur à l’envoyer, et il n’atteste pas le paiement : il sert à rappeler au locataire les montants dus et la date d’échéance.
La quittance, en revanche, est délivrée après le paiement et atteste que le locataire a bien réglé les sommes dues pour la période. Elle a une valeur probante en cas de litige. L’envoi d’un avis d’échéance est une bonne pratique de gestion, mais il ne remplace pas la quittance que le locataire demande.
Paiement partiel, arriéré : quittance ou reçu ?
La quittance atteste un paiement intégral. Si le locataire ne règle qu’une partie du loyer et des charges, le bailleur ne délivre pas de quittance mais un reçu, que la loi lui impose également de remettre : il mentionne les sommes effectivement payées, sans valoir décharge du solde. Cette distinction protège le bailleur, qui conserve la preuve de l’impayé, tout en laissant au locataire la trace de ses versements.
Quand le locataire a déjà un arriéré, tout dépend de la dette que règle son versement. Le locataire peut indiquer, en payant, la dette qu’il entend acquitter, par exemple le loyer du mois en cours. À défaut d’indication, le paiement s’impute d’abord sur les dettes échues et, à égalité d’intérêt, sur la plus ancienne : c’est la règle de l’imputation des paiements (article 1342-10 du Code civil). Si le versement solde le mois désigné, le bailleur en délivre la quittance sur demande, en précisant au besoin qu’elle est donnée sous réserve des sommes restant dues. Si aucun mois n’est soldé, il délivre un reçu. Refuser une quittance due pour faire pression sur le locataire n’est pas une voie de recouvrement : la dette se réclame par une mise en demeureMise en demeure : définition, effets pratiques et points à vérifier pour le propriétaire bailleur confronté aux impayés et au recouvrement. puis, au besoin, en justice. Si l’arriéré s’installe, une avocate peut prendre en charge le recouvrement des loyers impayés.
Si le bailleur ne délivre pas la quittance
La non-délivrance de la quittance à la demande du locataire peut avoir des conséquences juridiques pour le propriétaire. Le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection, compétent pour les litiges du bail d’habitation, afin qu’il ordonne la délivrance de la quittance et, s’il justifie d’un préjudice, en obtenir réparation. Mieux vaut donc délivrer la quittance dès que possible après le paiement, avec la distinction entre loyer et charges.
Bonnes pratiques de gestion
Un outil de gestion locative peut générer la quittance dès réception du paiement, mais l’envoi dématérialisé suppose l’accord exprès du locataire : recueillez-le par écrit, par exemple dans le bail ou par un échange d’e-mails. Vérifiez que l’outil distingue bien le loyer et les charges, et qu’il émet un reçu, et non une quittance, quand le paiement est incomplet.
Conservez une copie de chaque quittance et de chaque reçu pendant au moins trois ans, durée de la prescription des actions nées du bail. Cette précaution vous permet de prouver l’état des paiements si le locataire conteste un décompte ou si vous devez réclamer un arriéré.
Points à retenir
- La quittance se délivre gratuitement au locataire qui la demande, par le bailleur ou son mandataire.
- Elle distingue le loyer et les charges ; les autres mentions relèvent de l’usage, mais renforcent sa valeur de preuve.
- L’envoi par e-mail suppose l’accord exprès du locataire.
- Un paiement partiel donne lieu à un reçu, pas à une quittance ; en cas d’arriéré, le versement s’impute sur la dette désignée par le locataire, sinon sur la plus ancienne.
- L’avis d’échéance, facultatif, ne remplace jamais la quittance.